06/01/2010: Le premier ministre présente la Déclaration de Politique Générale du gouvernement devant l'assemblée nationale
Nouakchott, 06 Jan (AMI) - Le Premier ministre, Dr. Moulaye Ould Mohamed Laghdhaf
a présenté devant l'assemblée nationale la Déclaration de Politique Générale
du gouvernement .
C'était au cours d'une plénière tenue mercredi matin à Nouakchott sous la
présidence de M. Messaoud Ould Boulkheir, président de cette chambre et en
présence de certains membres du gouvernement.
Voici le texte intégral de la déclaration de politique générale présentée
par le Premier ministre:
"
J'ai le grand honneur de m'adresser à votre honorable assemblée et de vous
exposer, à travers ce discours, la politique générale du Gouvernement.
En cette session ordinaire de novembre je commencerai par présenter, conformément
à l'article 73 de la constitution, dans une forme synthétique, le résultat
de l'action du Gouvernement durant l'année écoulée. Ensuite, sous le volet
réservé aux perspectives de l'action gouvernementale, j'entamerai l'exposé
détaillé de la politique générale du Gouvernement pour l'année 2010.
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
A la suite de la crise politique qu'avait connue notre pays durant l'été 2008,
le Gouvernement a su relever le défi par le rétablissement de l'ordre constitutionnel
après le mouvement du 6 août. Ce mouvement, faut-il le rappeler, était nécessaire
pour sauver les acquis démocratiques et préserver les institutions républicaines.
Le Gouvernement a privilégié, en choix réaliste, la voie du dialogue et de
la concertation pour opérer une sortie de crise et épargner au pays les retombées
de l'embargo économique, les dérives de la discorde et les dangers de l'instabilité.
Il put jouer un rôle majeur par l'appui et l'encouragement des initiatives
de compromis et la recherche intrépide de terrains d'entente entre les protagonistes
politiques.
Notre pays, louange à ALLAH, est sorti en douceur de la crise constitutionnelle,
grâce au génie de ses dirigeants, à la responsabilité de sa classe politique
et au soutien de ses amis et voisins.
Durant la période de crise, les soutiens des voisins et amis, dispensés à
intensité variable, ont fusionné dans un élan de haute entente et ont généré
les accords de Dakar. S'en étaient suivi alors des élections présidentielles
transparentes, organisées sous la supervision d'un Gouvernement d'union nationale
dûment constitué.
L'opposition politique, associée au processus de transition, reçut les 2/3
des portefeuilles ministériels et se voit dotée de la part du lion dans le
Gouvernement chargé d'organiser les élections du 18 juillet 2008.
Le Gouvernement d'unité nationale parvient à organiser les élections présidentielles
dans un temps record et à garantir, par le strict respect des conditions techniques
et organisationnelles, les impératifs de crédibilité, de transparence et d'honnêteté.
Un tel défi a été relevé avec l'accompagnement responsable du groupe de contact
international, le contrôle éveillé de dizaines d'observateurs internationaux,
appuyés par un déploiement massif d'autres d'observateurs issus de la Commission
Electorale Nationale Indépendante (CENI).
La voie du compromis, adoptée par les hautes autorités du pays, s'est ancrée
après l'investiture du Président de la République qui, sans tarder, avait invité
les leaders des partis opposants au dialogue et à une participation responsable
aux efforts de développement.
Inexpérimenté en gestion des crises, vulnérable à la déstabilisation du fait
de l'incurie des régimes précédents, et exposé à des risques externes (comme
la drogue, le terrorisme et la migration clandestine), notre pays, avec des
institutions fragiles et une position géostratégique importante, a besoin d'une
classe politique qui, par dessus tout, s'accorde à faire prévaloir l'intérêt
général.
Par son rôle constructif, une opposition responsable forcera le respect et
recevra, à cet égard, une reconnaissance méritée. Mais il ne faut pas oublier
que le devoir de contribution positive à l'effort du développement et la responsabilité
partagée dans la sauvegarde de la sécurité et de la stabilité, imposent à toutes
les forces politiques un abandon systématique de la logique de confrontation.
Les leaders d'opinion doivent privilégier, en toutes circonstances, la tolérance,
l'ouverture et la modération dans les opinions et attitudes.
Dans cet ordre d'idées, le Gouvernement, sans jamais ménager d'efforts, s'engage
à concrétiser toujours la volonté d'ouverture exprimée activement par le Président
de la République.
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Bien que la gestion du processus de sortie de crise ait accaparé une grande
part de l'action gouvernementale, il n'en demeure pas moins qu'une importance
particulière a été accordée à tous les domaines de la vie nationale. Des mesures
adéquates ont été prises pour résoudre les difficultés ponctuelles et on a
pu traiter les problèmes structurels qui gangrenaient le pays depuis quelques
décennies.
Ainsi, le Gouvernement a traité de manière satisfaisante les problèmes consécutifs
aux inondations enregistrées durant le dernier hivernage, surtout dans les
wilayas du Hodh Al Gharbi, Assaba, Guidimagha, Gorgol, Brakna, Trarza, Tiris
Zemour et Nouakchott.
Les opérations de sauvetage, à savoir les soins médicaux et appuis nécessaires,
ont permis aux victimes la poursuite de leurs activités habituelles dans les
conditions de dignité et de sécurité. Durant l'accomplissement de ce travail
noble, des bienfaiteurs (hommes d'affaires, dirigeants et Oulémas) ont prodigué,
aux côtés des services de l'Etat, une assistance louable. Je saisis l'occasion
pour saluer leur exploit et leur présenter mes plus vifs remerciements.
Le Gouvernement a également exécuté un grand nombre de mesures et de programmes
visant à améliorer les conditions de vie des populations. On citera à cet égard
la baisse des prix des produits de première nécessité, la distribution gratuite
de grandes quantités de denrées alimentaires ; en plus de l'amélioration de
l'accès aux infrastructures, aux services de santé, à l'eau potable, à l'énergie
et au transport.
L'Etat a dépensé un milliard cent millions d'ouguiyas pour subventionner les
produits de première nécessité à l'occasion du mois de Ramadan. Cette opération
a permis de diminuer à hauteur de 35% les prix des huiles alimentaires, des
produits laitiers, du sucre, des pommes de terre et des oignons.
Sur toute l'entendue du territoire, les personnes pauvres et les ménages à
faible revenu ont profité de ces baisses de prix. Une opération parallèle s'est
soldée par une distribution gratuite d'énormes quantités de produits alimentaires
aux mosquées, Mahadras et personnes indigentes dans les centres urbains. Et
en continuité de l'effort soutenu visant à améliorer les conditions de vie
des populations les plus vulnérables, plus de 14.000 tonnes de produit alimentaires,
essentiellement du blé, du riz et du sucre ont été distribuées ; et durant
le mois d'avril passé, les populations de Nouakchott ont bénéficié de la distribution
de 2000 tonnes de riz et de blé.
L'appui du Gouvernement a également englobé l'énergie, l'eau potable, les
soins d'urgence et les médicaments. Dans ce cadre, la Société Nationale d'Eau
et la Société Mauritanienne de Gaz ont respectivement baissé leurs prix de
8% et de 20%. La Société Mauritanienne d'Electricité a systématiquement gelé
ses tarifs. Toutes ces subventions ont coûté au trésor public un montant global
de 4 milliards d'ouguiya.
Sur le plan du rapprochement des services médicaux, il a été procédé au renforcement
des réseaux hospitaliers par la rationalisation de la répartition géographique
et la modernisation des équipements et moyens. De surcroît, l'Etat a pris en
charge les soins médicaux de personnes indigentes, les situations médicales
d'urgence, les hémodialyses, les médicaments antipaludéens et les maladies
contagieuses.
En outre, pour traduire la haute attention accordée par le Président de la
République aux couches sociales les plus démunies, il a été procédé à l'ouverture
de l'hôpital de la mère et de l'enfant. Dans cette perspective, s'inscrit également
l'ouverture à Nouakchott de l'hôpital de cardiologie et de l'hôpital d'oncologie.
Pour mettre fin à la souffrance des citoyens dans les bidonvilles, le Gouvernement,
sous le patronage direct du Président de la république, a exécuté un programme
d'urgence pour la restructuration des quartiers dits '' d'attente '' dans les
villes de Nouadhibou et Nouakchott.
Ce programme s'est soldé, jusqu'à présent, par la construction de routes,
la réservation d'espaces suffisants à des infrastructures collectives et l'attribution
de terrains à 11.100 familles à Nouakchott. A Nouadhibou, 500 familles ont
disposé de terrains avant la fin de l'année écoulée et 53.000 autres vont disposer
de leurs terrains propres durant le premier semestre 2010. A la fin de ce programme,
on aura mis fin, de manière définitive, aux phénomènes des Gazra dans notre
capitale économique.
Pour améliorer le cadre de vie de façon générale, le Gouvernement vient d'entamer,
sur instruction du Président de la République, une opération de nettoyage de
la ville de Nouakchott. Des tonnes d'ordures ont été enlevées et l'espace public
se libère sensiblement des occupants anarchiques et des exploitations non autorisées,
à savoir le commerce ambulant, les étals sur trottoirs, les garages mécaniques,
les ateliers pléthoriques et les maisons édifiées, en dehors de toutes normes
de sécurité, dans les quartiers résidentiels.
Cette opération vient de donner d'excellents résultats et sera généralisée
à toutes les villes du pays.
Dans le domaine des infrastructures, 125 Km de routes bitumées, essentiellement
à Nouakchott, ont été construits. Cela fait partie d'un programme ambitieux
encore en cours d'exécution et premier de son genre dans notre pays qui aboutira,
à terme, à donner un visage nouveau à notre capitale à la fin de l'année courante.
C'est un programme qui a été entièrement financé sur les fonds publics à près
huit milliards d'ouguiyas.
La réfection, à partir de la route de l'espoir, du tronçon Kiffa - Tintane
est déjà entamée et les travaux se poursuivent toujours au niveau de la route
Rosso - Boghé. Aussi, faut-il le rappeler, toutes les études techniques en
rapport avec la construction de la route Atar - Tidjikja ont été réalisées
et les travaux doivent commencer dans les plus brefs délais.
L'étude de faisabilité lancée au sujet de la route Kiffa - Sélibabi - frontière
Malienne est achevée, tout comme celle de la longue route qui ceinture la ville
de Nouakchott. A cela s'ajoute le programme Aftout relatif au désenclavement
des zones de production et à la lutte contre la pauvreté dans cette zone, afin
qu'elle devienne le triangle de l'espoir, après avoir été qualifiée communément
de triangle de la pauvreté.
Dans le domaine du transport, on vient d'entamer la mise en oeuvre des reformes
décidées en matière de transport terrestre et l'on s'apprête à lancer une société
nationale de transport aérien et une autre société pour le transport urbain.
En dépit des obstacles liés à la crise financière mondiale et ses conséquences
sur la fluidité des flux financiers orientés vers le développement, l'économie
nationale s'est distinguée par un fonctionnement relativement bon. Le niveau
de croissance économique garde un cap acceptable et le taux d'inflation est
passé de 7,3 % en 2008 à 2% en 2009. Les recettes fiscales, y compris les dons,
ont augmenté de 17%, allant de 132 Milliards en septembre 2008 à 152 Milliards
en septembre 2009. Les exportations de la pêche maritime ont atteint 195 Millions
de dollars durant les sept premiers mois de l'année 2009, au lieu de 149 Millions
de dollars à la même période de l'année 2008 (soit une augmentation de 30%).
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Les réalisations que l'on vient de citer, toutes importantes qu'elles soient,
ont vu le jour dans un contexte pour le moins incommodant. Il était fortement
marqué, vous le savez bien, par l'influence de la crise financière sur l'offre
mondiale de financement et sur l'activité économique en général. D'autre part,
sur le plan interne, la crise politique se mettait en travers de la mobilisation
des partenaires au développement pour honorer les engagements qu'ils avaient
pris avant le changement du 6 août 2008.
Pour surmonter ces obstacles, le Gouvernement, soucieux de pallier aux insuffisances
de ressources, avait adopté une politique ferme, essentiellement axée sur la
mise en oeuvre du principe de la dépense raisonnée et de la lutte contre la
dilapidation de deniers publics. Ainsi, avec beaucoup de succès, le Gouvernement
sut franchir les obstacles posés par le gel de l'assistance internationale
et, pour ce faire, dut prélever plus de 40 milliards sur les dépenses de fonctionnement.
Ces montants ont été réservés au financement d'un grand nombre de projets de
développement et de programmes sociaux, en plus de la prise en charge par l'Etat
du coût des élections présidentielles : cette opération a coûté trois Milliards
d'ouguiyas. Un tel défi ne saurait être relevé sans le contrôle, étroit et
continu, que le Président de la République prit soin d'exercer sur les autorités
publiques, afin d'évaluer leur sérieux et de mesurer leur engagement dans la
concrétisation de son programme et de sa politique d'évaluation.
Aujourd'hui, on constate que cette politique, menée avec beaucoup de génie,
vient de donner ses résultats après les visites, fort réussies, que le Président
de la République avait accomplies dans les pays voisins et frères.
La Mauritanie redevient une destination privilégiée d'investisseurs étrangers
et les diplomates s'y rendent avec une fréquence sans cesse accentuée. Les
relations sont rétablies avec les partenaires au développement, comme l'atteste
le règlement par la Banque Mondiale des flux financiers attendus, la signature
d'un programme hautement ambitieux avec le Fonds Monétaire International et
le renouvellement des accords avec l'Union Européenne. Il n'est plus à démontrer
que la politique de conciliation et d'ouverture n'était pas une tactique circonstancielle
dictée par des contingences de crise. Plutôt, correspond-elle à un choix stratégique,
issu d'une vision réformatrice et doublé d'une analyse profonde des quatre
décennies de la Mauritanie indépendante. Il faut dire que, depuis toujours,
la gestion du pays, avec quelques succès relatifs, n'a pu satisfaire les ambitions
et qu'elle fut émaillée de graves échecs et de sérieux blocages : cette situation,
longuement entretenue, n'est plus supportable et ne saurait continuer.
C'est dans cette optique qu'intervient l'opération de bonne gouvernance publique,
à travers la gestion du parc automobile de l'Etat, la lutte contre l'anarchie
dans la prise en charge, légitime ou indue, de la consommation en eau, électricité,
téléphone ou logement. A cet égard, citera-t-on les instructions, réitérées
en toutes occasions, par le Président de la République, au sujet de la lutte
contre le clientélisme, le régionalisme, le népotisme, la complaisance et les
agissements contraires à la morale ou incompatibles avec l'efficience du service
public.
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
L'action du Gouvernement s'inscrit, en premier lieu, dans le cadre de l'application
stricte des principes et dispositions constitutionnels, à savoir le principe,
primordial et sacré, de la séparation des pouvoirs.
Je tiens justement à vous affirmer que le Gouvernement veillera, de manière
intransigeante, à la garantie du respect des compétences du Parlement et à
l'indépendance du pouvoir judiciaire. Aussi, s'engage-t-il à la mise en oeuvre
des principes constitutionnels régissant le contrôle exercé par le parlement
sur l'action et le travail du Gouvernement.
Aucune entrave, à moins qu'elle ne soit d'ordre juridique, ne vous affectera
dans votre droit à l'information et à l'exercice du contrôle, sans préjudice
de vos compétences en matière législative. Et conformément à la Constitution,
l'on procédera sans tarder à l'adoption des procédures d'interrogation du Gouvernement
et à tous les instruments en rapport avec le déroulement, en bonne et due forme,
du contrôle parlementaire.
En outre, le pouvoir judiciaire et le Conseil constitutionnel, en tant qu'institutions
chargées d'organiser les rapports entre les pouvoirs exécutif et législatif,
seront appelés à assumer leur rôle de manière efficiente.
Et pour améliorer l'efficacité de l'action parlementaire, le Gouvernement
compte appuyer les efforts des organes issus des deux chambres. Ceci se traduira
par une assistance au niveau de l'utilisation des techniques d'évaluation des
projets de lois et de leur codification, ainsi que par la réglementation des
délibérations et débats parlementaires.
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
L'action du Gouvernement reste guidée par les objectifs majeurs que le Président
de la République a fixés dans son programme électoral et a réitérés en plusieurs
circonstances, surtout à l'occasion de son discours d'investiture le 5 août
2009. Ces objectifs se résument, globalement, dans l'engagement, ferme et courageux,
de sauver le pays de la dérive qu'il connaît du fait des mauvaises politiques,
appliquées par les régimes qui se sont succédé durant quelques décennies.
En vue de concrétiser cet engagement présidentiel, le Gouvernement se réfère
au diagnostic, expresse et précis, que le Président de la république a exprimé,
en ces termes, dans son discours électoral : " notre pays, exposé au mécontentement
de tous, n'arrive pas à s'imposer devant les antagonismes locaux et continue
à souffrir de l'incompétence de ses institutions, des sureffectifs dans l'appareil
administratif, des charges exorbitantes et de l'inefficience généralisée. Le
citoyen se perd dans les dédales de procédures inadaptées, contradictoires
et pléthoriques. A toutes ces tares, s'ajoutent le manque de transparence,
la corruption de l'élite, l'incompétence et le manque d'expérience professionnelle
des ressources humaines ".
Le Gouvernement se lance sur le chemin que Président de la République a désigné
pour arracher le pays à la crise structurelle et le placer, de manière confiante,
sur la voie balisée du développement global. Une Mauritanie sereine sera édifiée
sur de toute nouvelles bases.
D'ailleurs, le Président de la République considère qu' "en reconstruisant
nos institutions sur de nouvelles bases, nous aurons oeuvré pour l'émergence
d'un Etat de droit où tous les sujets, individus ou groupes, se soumettent
au commandement, impartial et exclusif, de la loi applicable. Notre objectif
reste alors la reconstruction d'un Etat qui peut garantir des institutions
républicaines bien assises, consolider l'unité nationale, gérer une administration
publique moderne et préserver un système judiciaire équitable ".
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
La consolidation de l'unité nationale constitue un objectif essentiel dont
la réalisation suppose le rétablissement d'une harmonie sociale et la marche
collective, et à pas confiants, vers un avenir meilleur. Le Gouvernement ne
saurait ignorer qu'un tel but exige, en premier lieu, la rupture totale avec
les politiques défaillantes et la lutte contre l'instrumentalisation qu'on
en faisait pour désagréger le socle de l'unité. Il s'engage, à cet égard, à
prendre des mesures concrètes pour renforcer l'entente générale et préserver
notre société contre les dangers consécutifs, dans bien des cas, aux sentiments
de lésion, d'injustice ou d'exclusion.
A juste titre, le Gouvernement poursuivra le règlement du passif humanitaire,
par la réparation des préjudices, la garantie de conditions de vie dignes et
la promotion de l'esprit de tolérance.
Parallèlement à ces actions, il encouragera les approches de discrimination
positive, au profit des catégories démunies, et veillera à ce qu'elles rejoignent,
par leur niveau de vie et leurs privilèges, les autres couches de la population.
La mise en place de ces approches se traduira par le recours à des outils et
procédures spécifiques et doit contribuer à l'amélioration des conditions de
vie des pauvres, en donnant priorité aux anciennes victimes de l'esclavage.
Cette préséance à l'aide englobe l'accès privilégié aux services de base, à
la formation professionnelle, à la micro finance et à la propriété immobilière.
Pour sauver ces acquis, le Gouvernement s'engage à combattre toutes pratiques
ou discours contraires à l'unité nationale. Aussi, entend-il promouvoir les
organisations politiques et locales qui, par vocation ou en priorité, s'attaquent
au tribalisme, au racisme et aux appartenances étroites.
De façon générale, le Gouvernement s'engage solennellement à oeuvrer pour
que les mauritaniens éprouvent la fierté d'appartenir à une nation qui les
protège, les traite sur un pied d'égalité et leur garantit, sans aucune exclusion,
un accès équitable aux services publics.
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
La réforme administrative - à travers son rôle dans une gestion transparente,
visionnaire et responsable des ressources de l'Etat - occupe une place de choix
dans la politique du Gouvernement. Ainsi, l'on envisage déjà la réalisation
d'une réforme radicale de l'Administration publique, en vue de l'assainir et
d'en chasser, de manière définitive, les pratiques de dilapidation, de corruption
et de détournements de deniers. Pourra-t-on en faire alors une administration
modèle, hissée au summum de l'efficacité et opérant, sans blocages, avec crédibilité
et honnêteté.
Le Gouvernement, à travers la formation, l'équipement adéquat, l'augmentation
des salaires et l'assainissement du cadre professionnel, mettra l'accent sur
la restructuration du service public et l'amélioration des performances des
personnels.
A cet égard, on procédera, dans un premier temps, à une vérification générale
dans tous les services publics, y compris les établissements publics, les sociétés
nationales, les agences publiques et autres entités similaires. Ensuite, passera-t-on,
en cas de besoin, à la restructuration de ces services, en se référant à l'impératif
de réédification de l'Etat sur de nouvelles bases, marquées par la simplicité,
l'harmonie, l'efficience et la crédibilité.
L'augmentation des salaires s'effectuera, de manière particulière, à travers
la révision et la rationalisation des avantages en nature accordés aux fonctionnaires
et agents de l'Etat et incluant, bien entendu, le régime de retraite et de
protection sociale. Cette opération doit se dérouler de manière à faire accéder
les intéressés au transport et à la propriété immobilière.
Le Gouvernement oeuvrera également pour le rapprochement entre l'Administration
et le citoyen, à travers la simplification des procédures administratives et
l'utilisation des nouvelles technologies. De telles démarches permettront d'ôter
un fardeau aux usagers et de veiller au suivi et à l'évaluation de l'activité
des services de l'Etat.
D'autre part, on s'engagera davantage dans l'ancrage de la bonne gouvernance,
à travers la diminution du coût de gestion de l'administration publique, l'amélioration
de son rendement et la valorisation des ressources humaines. Aussi, pour ne
pas politiser l'Administration, on s'attellera à appliquer " le principe
de la récompense et de la sanction " et de placer "l'homme qu'il
faut au poste qu'il faut ".
Dans le cadre de l'exécution de la réforme globale, fort requise dans les
circonstances actuelles, le Gouvernement entreprendra des mesures concrètes
afin de revêtir la vie publique de vertu et de morale nécessaires. On y parviendra
à travers la réactualisation des textes contre la corruption, la restructuration
des procédures judiciaires et la mise en oeuvre des organes de contrôle. En
outre, faudra-t-il opérer une révision des textes en rapport avec la transparence
de la vie publique, réfléchir sur la réforme du cadre légal de la finance et
réexaminer, pour plus d'harmonie, ettre en place un recensement complet des
ressortissants étrangers, en vérifiant les motifs de leur arrivée et en accordant
de pays amis et frère.
La réédification de l'Etat sur des bases saines passe par la mise en place
d'un système judiciaire qui, impartial et crédible, parvient à servir le citoyen
avec une grande indépendance et une absolue honnêteté. Un tel système doit
contribuer à la lutte contre les détournements, le crime organisé et le banditisme
transfrontalier.
Le secteur judiciaire joue un rôle majeur dans l'affermissement des assises
de l'Etat de droit, la préservation du prestige de la Nation, la généralisation
de la paix sociale et l'encouragement des initiatives. Le Gouvernement, pour
toutes ces raisons, accorde une attention particulière à la réforme de ce secteur
mais, conscient de la grandeur du projet, ne perd pas de vue l'ampleur des
efforts à consentir pour une adaptation des textes à la spécificité et à l'évolution
sociales. Cette réforme fera entrer en ligne de compte, pour amélioration ou
perfectionnement, les aptitudes scientifiques et les vertus morales des personnels
judiciaires. Aussi, pour réserver au troisième pouvoir la place qui lui revient
au sein de la République, les conditions matérielles du personnel judiciaire
seront examinées et redéfinies, selon les paramètres raisonnables du confort
professionnel.
Le Gouvernement promet d'entamer, dans les plus brefs délais, l'exécution
complète de tous les engagements pris dans le programme du Président de la
République en matière de réforme judiciaire. Il s'agit de :
"
mettre en place un programme élargi de formation des magistrats, essentiellement
axé sur l'acquisition de connaissances et l'enseignement de la déontologie
professionnelle,
"
ériger une justice indépendante qui inspire confiance par son professionnalisme,
sa célérité et qui garantit la protection des investissements,
"
améliorer et élargir les infrastructures judiciaires et les prisons sur toute
l'étendue du territoire,
"
généraliser l'utilisation des nouvelles technologies pour se conformer aux
délais,
"
uniformiser l'application des textes juridiques et mettre la justice à portée
des justiciables,
"
achever et promouvoir les règles de médiation et d'arbitrage. Les textes en
rapport avec l'assistance judiciaire relèvent évidemment de ce point.
"
améliorer les conditions de travail des magistrats, à travers une protection
légale et matérielle nécessaire pour leur indépendance, et réexaminer le cadre
organisationnel des auxiliaires de justice.
"
rendre le milieu carcéral plus clément, en y introduisant des programmes de
réinsertion et de resocialisation.
De façon générale, ce secteur fera l'objet d'un travail soutenu dont le but
est de refonder notre système judiciaire sur des bases, en mesure de garantir
l'indépendance, la crédibilité et la célérité des procédures. A cela s'ajouteront
une rationalisation des codifications légales, une valorisation des ressources
humaines et l'amélioration des conditions de travail. En outre, oeuvrera-t-on
pour la modernisation des infrastructures et équipements, parallèlement à l'application
d'une politique pénitentiaire axée, de manière fondamentale, sur la rééducation
et la réinsertion des anciens détenus.
Sur un autre plan, le Gouvernement appliquera une politique dynamique dans
le domaine des droits et libertés. La protection des droits fondamentaux sera
garantie et l'on s'efforcera à ce que chacun puisse bénéficier de l'assistance
sociale nécessaire et que les talents individuels soient valorisées et soutenus.
Aussi, ne manégera-t-on point d'efforts pour sensibiliser les citoyens sur
leurs devoirs envers la communauté et leur montrer, dans une optique éducative,
leurs droits et leurs prérogatives. Un appui substantiel sera consenti à la
Commission Nationale des Droits de l'Homme, pour l'aider à suivre et évaluer
les efforts de l'Etat en matière de lutte contre les séquelles de l'esclavage
et dans le règlement définitif du passif humanitaire. Dans cet ordre d'idées,
les organisations de la société civile et autres organes indépendants, bénéficieront
de l'aide adéquate afin de s'acquitter, convenablement, de leurs missions de
contrôle.
Dans le domaine de défense et de sécurité, le Gouvernement entreprendra, sous
l'autorité du Président de la République, les procédures de modernisation des
forces armées et de sécurité. Il compte renforcer leurs capacités défensives
et les impliquer, en temps de paix, dans les activités de développement. Il
va sans dire que ces hautes ambitions supposent, en plus de l'amélioration
des conditions de vie, une réorganisation et une professionnalisation de l'armée
nationales et des forces de sécurité. Une attention particulière sera alors
accordée à la mise en place de corps professionnels en mesure d'assumer leurs
tâches de défense et de sécurité, de servir la République et de lutter, en
toute efficacité, contre le trafic de drogue, le terrorisme et la migration
clandestine.
En matière de politique étrangère et d'intégration régionale, l'action du
Gouvernement s'inscrit dans le cadre des choix et orientations fixés par le
Président de la république : il s'agit en particulier de servir les intérêts
suprêmes de l'Etat, de consolider son rôle dans les sphères du monde arabe
et de l'Afrique et de lui faire occuper, au plan international, la grande place
qui lui sied.
Cette présence internationale doit être marquée, conformément aux orientations
du Président de la République, par le soutien des causes justes, l'ouverture
au dialogue et la mise en place de coopérations fructueuses. Dans ce cas, le
Gouvernement s'empresse à dynamiser les relations d'entente et de coopération
avec les Etats voisins et oeuvrera, sans relâche, pour le nivellement des obstacles
à l'édification effective du Maghreb arabe. Ensuite, s'efforcera-t-il à promouvoir
le dialogue arabo-africain et à consolider la coopération avec les pays de
l'Unité européenne.
La diplomatie mauritanienne, avec ses amis et homologues, travaillera pour
répandre la paix et la coopération dans le monde. Elle s'emploiera de manière
particulière à appuyer les efforts visant à installer une paix réelle et durable
au Moyen Orient. D'ailleurs, s'agit-il, à cet égard, d'une condition essentielle
pour l'instauration, dans tous les pays du monde, de la sécurité, la stabilité
et la prospérité.
La Mauritanie reste attachée à la nécessité de faire réussir le processus
de paix au Moyen Orient par le retrait d'israël des terres arabes occupées
et la mise en place d'un Etat palestinien indépendant, avec Al Qouds comme
capitale.
Le Gouvernement mettra sa diplomatie à contribution en vue d' appuyer nos
citoyens établis à l'étranger, protéger leurs vie et biens et leur garantir,
où qu'ils se trouvent, la dignité et la tranquillité. Les migrants mauritaniens
bénéficieront d'un encadrement qui leur permettra de rester en contact avec
le pays et les encouragera à mobiliser leurs épargnes pour y acquérir des propriétés
immobilières ou y réaliser des projets importants.
Conscient du rôle primordial de l'Administration territoriale dans la représentation
de l'Etat et l'application de sa politique sur l'étendue du territoire, le
Gouvernement veillera à consolider le pouvoir des autorités administratives,
à élargir leurs compétences, à les transformer en structures de développement,
entièrement au service du citoyen, et à exclure toutes pratiques incompatibles
avec l'esprit de la modernité. Le processus de recentrage des missions de l'autorité
administrative sur les questions du développement économique et social va être
accompagné du rééquipement des circonscriptions administratives, de l'amélioration
des conditions de vie des représentants de l'Etat et de l'organisation, à leur
profit, de formations adéquates. Il sera également procédé à l'approvisionnement,
en fournitures adaptées, de structures comme les Directions régionales d'équipement
et les instituts régionaux d'administration publique. Ces actions seront forcément
accompagnées de procédures de décentralisation des moyens financiers.
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Pour agir dans l'optique de l'intérêt accordé par le Président de la République
à l'ancrage d'un aménagement rationnel et équilibré du territoire national,
le Gouvernement s'engage à opérer une réforme radicale qui balise la voie
à l'exécution de politiques de développement justes, mesurées et raisonnables.
De telles politiques doivent, à moyen et long terme, mettre fin aux écarts
économiques entre les régions du pays.
Pour atteindre ces objectifs, l'on entamera sans tarder une concrétisation
de l'option de la régionalisation, à travers la mise en place de collectivités
territoriales disposant de la personnalité juridique et opérant avec des compétences
réelles. Ceci implique le recours à des organes régionaux représentatifs et
aux compétences nécessaires pour la conception et l'exécution des programmes
de développement. De manière progressive, procédera-t-on à l'adoption de stratégies
pour le déplacement des services publics à l'intérieur du pays, en fonction
des exigences dictées par l'amélioration des infrastructures de base.
Dans ce cadre, le crédit agricole disposera d'une branche à kiffa et l'on
mettra en place une représentation du programme de renforcement de la sécurité
alimentaire, financé par la Banque Islamique. Le programme des filières agricoles,
financé par l'Agence Internationale pour le Développement, sera, quant à lui,
étendu à la ville Néma.
L'effort du Gouvernement sera concentré sur le renforcement de la décentralisation
et le développement local, à travers la répartition judicieuse des spécialités
et la transformation effective des compétences et moyens. Dans tous les cas,
ces démarches auront lieu en privilégiant, à chaque fois, l'impératif de complémentarité
entre les services décentralisés et les collectivités locales.
Le Gouvernement, dans le cadre du réexamen de la répartition administrative,
veillera à la mise en place de pôles administratifs englobant les écoles, les
centres de santé, les bureaux de poste, les communes et les centres d'état
civil etc. On parviendra alors à rassembler les campements, les groupements
ruraux et les bourgs, afin d'éradiquer le phénomène de sédentarité anarchique
et de garantir un développement socio-économique équilibré.
On ouvrira, en parallèle, à l'intérieur du pays, des pôles d'attraction économiques
qui permettront de valoriser les possibilités de la région et de pallier aux
velléités de migration vers des centres urbains déjà saturés.
Le Gouvernement traitera avec beaucoup de fermeté les problèmes cumulés dans
les grandes villes du pays, surtout Nouakchott et Nouadhibou. Comme vous le
savez, ces problèmes sont dus à l'absence d'une politique urbaine véritable
car fallait-il prendre en compte les liens étroits entre le plan urbain et
les questions relatives au réseau routier, à l'assainissement et au fonctionnement
des services en rapport immédiat avec la vie des populations. S'y ajoutera
forcément, dans le cadre urbain, un redéploiement rationnel des activités à
type de services. Pour accompagner la nouvelle politique en matière d'aménagement
du territoire, le Gouvernement entreprendra les mesures suivantes :
- L'élaboration des textes d'application de la loi d'orientation en matière
d'aménagement du territoire,
- La mise en place d'un observatoire national de l'aménagement du territoire,
- La promotion progressive et la mise en oeuvre des instruments pratiques de
l'aménagement du territoire, qu'il s'agisse du plan national, régional ou encore
du plan local des infrastructures.
- L'encadrement de l'urbanisation à travers le lancement d'opérations pilotes,
- L'intensification des activités pouvant conduire à l'élaboration des cartes
des différents départements et leur actualisation en cas de besoin. Suivra
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