03/10/2008: Le premier ministre affirme l'attachement de la Mauritanie au droit des peuples à construire leur propre système politique dans un climat de paix, de stabilité et de justice
Accra, 3 oct (AMI)-La dernière séance de travail du 6ème sommet du groupe
Afrique Caraïbes Pacifique qui se tient depuis jeudi dans la capitale ghanéenne,
Accra, a été marquée par un discours prononcé par le premier ministre, M. Moulaye
Ould Mohamed Laghdhaff, dans lequel il a expliqué les derniers développements
politiques intervenus en Mauritanie.
Voici ce discours dans son intégralité :
"Monsieur le Président John Kuofor, Président de la République du Ghana,
Président en exercice du Groupe ACP
Monsieur le Président Oumar Hacen El Bechir, Président de la République du
Soudan, Président sortant du Groupe ACP
Messieurs les Présidents,
Messieurs les Chefs de délégations,
Monsieur le Secrétaire Général du Groupe ACP
Mesdames et Messieurs
C'est pour moi un grand honneur de participer à ce 6ème sommet du Groupe ACP
sur la promotion de la sécurité humaine et le développement, thèmes combien
importants pour nos Etats.
Je tiens, à partir de cette tribune, à adresser mes sincères remerciements
au peuple et au gouvernement ghanéens pour l'accueil chaleureux et l'hospitalité
généreuse dont ma délégation et moi-même sommes l'objet depuis notre arrivée,
et les excellentes dispositions prises pour la réussite de ce sommet.
Je saisis aussi cette occasion pour adresser mes condoléances les plus attristées
au peuple et au gouvernement du Ghana suite au décès de feu Kwadwo Baah-Wiredu,
ministre des finances; ainsi qu'au peuple frère de Zambie suite à la disparition
du Président Levy Mwanawasa.
J'y associe ici nos frères des Caraïbes auxquels j'exprime ma sympathie et
ma solidarité après les catastrophes naturelles qui ont touché cette région.
Par ailleurs, je félicite le Président John Kufuor pour son accession à la
présidence du groupe ACP, et remercie le Président Oumar Hacen Al Abachir pour
le travail remarquable accompli par notre groupe sous sa sage présidence.
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Cette session m'offre l'opportunité d'expliquer à cette illustre assemblée
les derniers développements politiques intervenus dans mon pays, qui vit à
l'heure actuelle une étape féconde et cruciale de son histoire politique et
démocratique.
En effet, après plusieurs mois de crise politique profonde, notre pays a connu
le 6 août 2008 un changement pacifique qui, tout en remplaçant l'exécutif par
un Haut Conseil d'Etat provisoire, a eu l'originalité de maintenir en place
toutes les institutions démocratiques qui continuent depuis lors à fonctionner
normalement.
Nous avons constaté que l'attention d'une partie de nos frères et de nos partenaires
s'est focalisée sur le changement lui même, alors que pour bien le comprendre
il convient de se rappeler l'évolution de la situation politique qui y a conduit.
A ce titre il y a lieu d'évoquer d'abord la grave dérive autoritaire qui s'est
manifestée notamment à travers la volonté résolue de l'ex-exécutif de réduire
le rôle du parlement à celui d'une simple chambre d'enregistrement, faisant
fi du principe démocratique fondamental de séparation des pouvoirs et des dispositions
constitutionnelles qui assignent au parlement une mission de contrôle de l'action
du gouvernement. Dans le même sens, l'ex-exécutif dont le gouvernement avait
fait l'objet d'une motion de censure soutenue par plus des deux tiers des députés,
s'est obstiné, contrairement aux pratiques démocratiques en pareilles circonstances,
à reconduire le même premier ministre au mépris de l'avis sans équivoque de
la majorité parlementaire.
Cette obstination, qui trahissait la crainte d'une cohabitation qui devenait
inévitable même en cas d'élections législatives anticipées, allait conduire
à une paralysie totale de l'Etat et de l'action gouvernementale, au point que
le pays n'était plus gouverné. Une telle situation était porteuse de dangers
multiples, au moment où le pays connaissait pour la première fois de son histoire
des actes terroristes et devenait un terrain propice aux trafics de tous genres.
C'est donc pour préserver et consolider les acquis démocratiques, permettre
au Parlement de jouir pleinement de toutes ses prérogatives constitutionnelles,
maintenir la stabilité du pays et le prémunir de dérives aux conséquences imprévisibles,
que le changement du 6 août a été opéré.
Aujourd'hui, excepté l'institution présidentielle, toutes les autres institutions
démocratiques fonctionnent normalement ; et les libertés individuelles et collectives
sont garanties.
A cet égard, mon gouvernement a présenté devant l'Assemblée Nationale sa déclaration
de politique générale, et plus des deux tiers des députés lui ont accordé leur
confiance.
En outre, un large mouvement populaire soutient et accompagne le changement
opéré le 6 août (élus locaux, syndicats, partis politiques, ONGs, initiatives
indépendantes).
Pour le retour du pays à un ordre constitutionnel normal, une élection présidentielle
libre et transparente sera organisée dans les plus brefs délais, en concertation
avec les forces politiques, la société civile et nos partenaires au développement.
Le calendrier et les modalités pratiques de cette consultation seront fixés
lors des Etats généraux de la démocratie que nous comptons tenir au début de
ce mois.
Il s'agit là d'un engagement pris devant le peuple mauritanien et qui sera
respecté.
Je vous invite donc tous, comme vous l'avez fait par le passé, à faire preuve
de compréhension à l'endroit de notre peuple, sage et responsable, et à venir
appuyer nos efforts inlassables de recherche de paix, de sécurité, de démocratie
et de développement.
Nous notons avec satisfaction l'envoi d'une mission d'étude et d'information
du comité des ambassadeurs ACP en vue d'accompagner la Mauritanie dans les
consultations prévues au titre de l'article 96.
Aussi, au nom du gouvernement mauritanien, nous réaffirmons notre attachement
aux principes de souveraineté, d'intégrité territoriale, et de non ingérence
dans les affaires intérieures des Etats, ainsi qu'au droit des peuples à construire
leurs propres systèmes politiques dans un climat de paix, de stabilité et de
justice, conformément à la déclaration d'Accra du Groupe ACP adoptée ce jour,
à laquelle nous adhérons sans réserve.
Je vous remercie ".
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