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Introduction du CSLP
1. Dans le cadre de l'initiative de réduction de la dette des pays pauvres
très endettés (PPTE) à laquelle le pays a été déclaré éligible en Mars
1999, le Gouvernement mauritanien a lancé le processus de préparation
d'une stratégie de lutte contre la pauvreté, qui a associé, à côté de
l'administration, les collectivités locales, les représentants des organisations
socioprofessionnelles (patronats, syndicats), les organisations de la
société civile (ONG), des universitaires et de nombreuses autres personnes
ressources.
2. Au total, 12 groupes de travail ont contribué au Cadre Stratégique de Lutte
contre la Pauvreté (CSLP). De même, un comité de concertation regroupant
des représentants du Gouvernement et de la société civile, et un comité des
donateurs représentant l'ensemble des partenaires au développement ont été
étroitement associés à l'ensemble du processus. En outre, le projet de CSLP
a été discuté avec l'ensemble de l'équipe pays de la Banque Mondiale et du
FMI.
3. Tout en étant le document du Gouvernement, qui en a assuré de bout en bout
la maîtrise d'œuvre, le CSLP s'est largement enrichi de cet ensemble de consultations.
4. Le CSLP s'ouvre d'abord sur une analyse de la situation de la pauvreté
avant de présenter la stratégie de lutte contre la pauvreté à long terme
et à l'horizon 2004. Les parties 3, 4, 5 et 6 sont consacrées aux différents
axes de la stratégie et du plan d'actions qui sera mis en œuvre sur la période.
La partie 7 est consacrée au suivi et aux modalités de mise à jour du document.
Analyse de la situation de la pauvreté
5. La dernière enquête sur les conditions de vie des ménages (1996) a montré
que l'étendue de la pauvreté mesurée par le pourcentage des individus vivant
au-dessous du seuil de pauvreté, concernait en 1996 plus de la moitié de
la population (50,5%). L'incidence de la pauvreté a toutefois reculé par
rapport au début de la décennie (56,6% en 1990).
6. Le recul de la pauvreté est encore plus marqué pour les indicateurs d'écart
: l'extrême pauvreté a connu une diminution de plus de 12 points sur la période
1990-1996, tandis que la profondeur et la sévérité de la pauvreté ont enregistré
une diminution de 10 et 9 points, passant respectivement de 28,3% à 18,3%
et de 18,1% en 1990 à 9,1%.
7. La pauvreté monétaire est, d'abord, un phénomène rural (76,4%). Elle est
en grande partie due à la zone rurale aride qui regroupe plus de 57% des
pauvres. Les régions les plus touchées sont la zone de l'Aftout (zone aride,
à cheval entre les wilayas de l'Assaba, du Brakna et du Gorgol), certaines
zones des deux Hodhs et du Guidimakha, qui affichent des taux de prévalence
de la pauvreté voisins de 80%, voire supérieurs.
8. Les données relatives à la pauvreté des conditions de vie, quant à elles,
témoignent d'une amélioration globale des indicateurs sociaux. Ainsi, le
taux brut de scolarisation au niveau de l'enseignement fondamental est passé
de 46% en 1989-1990 à près de 86% en 1999-2000. Le taux d'accessibilité des
structures sanitaires dans un rayon de 10 km est passé de 30% en 1990 à 80%
en 1998, tandis que le taux de mortalité infantile a reculé de 124%o en 1990
à 105%o en 1998. De même, l'accès à l'eau potable, a connu, lui aussi, d'importants
progrès, tant en milieu rural qu'en milieu urbain. Cependant, les niveaux
et la qualité de ces indicateurs restent en deçà des normes souhaitables
et ils s'accompagnent de disparités encore très marquées dans le pays.
La vision stratégique à long terme
9. L'analyse de la situation de la pauvreté en Mauritanie a montré le caractère
multidimensionnel du phénomène et l'enchevêtrement de ses causes. La stratégie
de la lutte contre la pauvreté part de ce constat. Elle intègre pleinement
l'expérience nationale et prend en compte les enseignements des expériences
des pays qui ont enregistré des résultats rapides en matière de réduction
de la pauvreté. La vision sur laquelle elle repose est que seule une politique
intégrée qui s'attaque simultanément à tous les déterminants de la pauvreté
aura un impact rapide et durable sur la réduction de la pauvreté.
10. Les objectifs à long terme de la stratégie (cf. annexe 1) sont : (i) ramener
la proportion des Mauritaniens vivant au-dessous du seuil de la pauvreté
à 27% à l'horizon 2010 et à 17% à l'horizon 2015 ; (ii) atteindre, avant
l'horizon 2015, les objectifs de développement social définis sur la base
des recommandations des différents sommets mondiaux, et (iii) réduire les
disparités sociales et spatiales.
Les grands axes de la stratégie
11. La stratégie de la lutte contre la pauvreté repose sur quatre grands axes
qui se soutiennent pour converger vers la réalisation des objectifs fixés.
12. Le premier axe vise à accélérer la croissance économique qui est la base
de toute réduction de la pauvreté, à améliorer la compétitivité de l'économie
et à réduire sa dépendance vis à vis des facteurs exogènes. Cet axe contribuera
de deux manières à la réduction de la pauvreté : (i) à travers les effets
directs et indirects (effets d'entraînement) sur la création d'emplois et
de revenus nouveaux, (ii) à travers ensuite l'impact sur les revenus budgétaires
de l'Etat, qui pourront être à leur tour utilisés pour soutenir les secteurs
qui profitent directement aux pauvres. En raison de la spécialisation de
l'économie mauritanienne, concentrée sur des secteurs à faible effet d'entraînement,
il est probable que le second effet sera à court terme plus important.
13. Le deuxième axe vise à valoriser le potentiel de croissance et de productivité
des pauvres. Il s'agit de promouvoir les secteurs qui profitent directement
aux pauvres et les zones de leur concentration. Cet axe, qui repose sur la
mise en œuvre de programmes publics d'investissement, contribuera à réduire
les inégalités et à améliorer la base de ressources des pauvres.
14. Le troisième axe vise le développement des ressources humaines et l'accès
aux infrastructures essentielles. Cet axe est celui qui, à long terme, aura
l'effet le plus sensible sur la pauvreté, à travers son impact sur la productivité
et sur l'amélioration des conditions de vie des pauvres. L'accès à l'éducation
et à la santé, en particulier, réduit considérablement la vulnérabilité des
pauvres.
15. Enfin, le quatrième axe vise à promouvoir un réel développement institutionnel
appuyé sur une bonne gouvernance et sur la pleine participation de tous les
acteurs de la lutte contre la pauvreté.
Les objectifs du CSLP et les domaines prioritaires d'action
16. Les objectifs du CSLP (cf. annexe 1) partent des perspectives de croissance
économique, de budget et de balance des paiements et des priorités des programmes
sectoriels de développement. Les principaux objectifs retenus au terme de
l'exécution du plan d'action 2001-2004 sont : (i) d'assurer un taux annuel
moyen de croissance supérieur à 6% sur la période, et (ii) de ramener l'incidence
de la pauvreté à moins de 39% et celle de l'extrême pauvreté à moins de 22%.
17. L'analyse de la situation de la pauvreté en Mauritanie a conduit à l'identification
de cinq domaines prioritaires pour le CSLP 2001-2004 : (i) le développement
rural, pour lequel l'objectif est de ramener l'incidence de la pauvreté à
moins de 53%, (ii) le développement urbain des quartiers périphériques des
grandes villes et des principales villes secondaires, (iii) l'éducation,
où les principaux objectifs sont de garantir l'accès universel (en 2005)
et de porter le taux de rétention à plus de 65%, (iv) la santé, pour laquelle
les objectifs visés sont de ramener le taux de mortalité infanto-juvénile
à moins de 160%o et de porter le taux de couverture sanitaire dans un rayon
de 5km à 80%, et (v) l'hydraulique.
Le financement du CSLP
18. Le coût de l'ensemble du plan d'action (y compris l'appui à la balance
des paiements) est estimé à 475 millions de dollars. Le coût des mesures
prioritaires est quant à lui estimé à 282 millions de dollars dont 107 millions
de dollars seront couverts par les ressources PPTE et 54 millions de dollars
par l'épargne budgétaire.
Le suivi de la mise en œuvre du CSLP
19. La mise en œuvre du CSLP fera l'objet d'un suivi systématique - à partir
d'un ensemble d'indicateurs significatifs pour la réduction de la pauvreté
- et d'une évaluation à mi-parcours, associant l'ensemble des acteurs de
la lutte contre la pauvreté.
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