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L'Inspection Générale de l'Etat

Le chef de l'Etat devant les responsables de l'administration: appel au sursaut national

Nouakchott, 20 avr (AMI) - Le discours du Chef de l'Etat est un véritable appel au sursaut national. Devant tous les responsables publics et les leaders des partis politiques, le Président Ely Ould Mohamed Vall a affirmé que le temps est venu pour travailler dans l'intérêt du peuple mauritanien tout entier, loin de tout particularisme. Dans un langage simple et persuasif, le Chef de l'Etat a souligné, avec force, l'incompatibilité criante entre la pérennité des institutions de l'Etat et la pratique courante de tenir les services publics pour une "vache à lait" taillable et corvéable à merci. Pour mettre un terme à toutes les pratiques qui ont sapé la marche du pays vers le progrès socio-économique, l'Etat emploiera tous les moyens légaux à sa disposition, a indiqué le Président Ely Ould Mohamed Vall. Voici une traduction intégrale de ce discours :
" Je saisis l'opportunité de cette rencontre avec vous, responsables administratifs de l'Etat et acteurs politiques pour vous édifier sur un certain nombre de questions et de réalisations accomplies par le Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie depuis le changement du 3 août 2005.
Comme vous le savez, parmi les engagements pris par le Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie, figure le redressement de la situation politique et économique qui a été, elle-même, à la base du mouvement du 3 août 2005. Il convenait donc de redresser cette situation ou, du moins, faire le maximum de ce qui pouvait l'être, pour améliorer la situation durant la période de transition en jetant les bases d'une œuvre qui puisse servir de point de départ si ce n'est en opérant un redressement totalement accompli.
Je voudrai, ici, clarifier, sans complaisance, un certain nombre de choses parce que l'intérêt du pays nous commande de faire fi de tout laxisme lorsqu'il s'agit d'enjeux concernant le devenir de la Nation.
J'évoquerai la situation qui prévalait dans le pays au 3 août 2005. Cette situation pouvait se résumer par l'inexistence de l'Etat qui n'était matérialisé que par un méli-mélo de services pilotés par un appareil politique érigé en lieu et place de l'Etat qu'il a vidé de toute sa substance, au point que toutes les questions relatives à la gestion de l'Etat et à ses institutions ont perdu leur credo.
Il en a résulté que tous les rouages de l'Etat étaient totalement maîtrisés par les responsables qui en avaient la charge et qui les géraient au seul gré de leurs humeurs.
Ainsi, les ministères, les administrations et les établissements ont été à la merci de responsables qui les géraient suivant les alliances et les humeurs du moment.
C'était cela, la réalité crue. Nous savions tous que la continuité sur cette voie conduisait inéluctablement à la disparition de la Mauritanie. En effet, de par les mentalités ambiantes, les portefeuilles ministériels étaient attribués à des individus et à des tribus. La gestion de ces appareils était personnalisée et les citoyens demandeurs de services ne traitaient plus avec les institutions mais plutôt avec la personne du responsable à qui ils savaient, seule, gré pour la satisfaction de leur requête.
Ainsi, les responsables ont rompu avec le respect des valeurs élémentaires et des règles que dicte un minimum de bienséance lors-qu'il s'agit de la gestion des biens publics. Cette situation que nous avons tous vécue est inimaginable.
On peut difficilement admettre que ceux qui commettent les pires trahisons soient perçus comme étant des héros, que les prévaricateurs avérés traduits en justice pour vol des biens publics soient glorifiés.
En réalité, nul ne saurait prédire quel peut être l'avenir d'une nation qui a atteint un seuil de régression pareil. A ce stade, la seule perspective qui se dessine, c'est l'anéantissement. En tous cas, nous ne savons pas comment les autres nous voient mais il est certain que cette situation ne peut nullement être enviable pourvu que l'on ait un minimum de sens patriotique.
Dès lors, il fallait mettre un terme à cette situation car il est inadmissible que les médiocres soient à la place des meilleurs, que les voleurs soient des héros et que la trahison soit une vertu. Pareille situation est sans perspectives, sans avenir.
Dans ces conditions, on n'avait pas le choix, il fallait nécessairement prendre ses responsabilités.
J'attire l'attention de tous les mauritaniens qu'ils doivent réviser leurs attitudes et comportements et assumer leur responsabilité aussi bien au niveau individuel qu'à celui des entreprises, de l'Etat, des partis politiques et de la société civile. En dehors d'un sursaut de cette envergure, le prix à payer sera excessivement cher.
Si de tels manquements persistent au sein de notre société, on ne devrait pas s'étonner d'assister à l'ancrage des pratiques dolosives et plus rien ne pourrait plus être exigé du policier, du gendarme, du responsable de l'administration ou de l'intellectuel, car il s'agirait d'une question de mentalité et de comportement social. Pour se débarrasser de ces comportements déviants, l'opinion nationale devrait assumer ses responsabilités, se départir de pareilles mentalités surannées. Pour sauver le pays et assurer sa survie, notre intelligentsia, et nos responsables, en particulier, doivent barrer définitivement le chemin à toutes les pratiques répréhensibles.
En ce sens, je voudrai passer en revue les pas franchis par le Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie en matière de lutte contre ces pratiques incompatibles avec tout effort de redressement.
Ainsi, une inspection a été créée au niveau de chaque département ministériel et chaque ministre a été tenu d'en assurer le bon fonctionnement afin qu'elle puisse effectuer des contrôles au niveau de l'ensemble du secteur. Cette structure n'épargnera aucune administration et vérifiera jusqu'au plus petit détail relatif à la gestion des finances publiques. C'est le lieu de dire ici que nul n'est au dessus du contrôle qui va toucher toutes les administrations, sans exclusive. Pareille entreprise réconfortera les gestionnaires honnêtes, respectueux de l'intérêt général et ne dérangera que les agents véreux qui ne doivent plus avoir accès à la gestion des affaires publiques.
Ces mesures ont permis de recouvrer des centaines de millions d'ouguiya dépensés dans l'illégalité.
Ces mécanismes et outils de contrôle seront redynamisés et des moyens humains et matériels leur seront accordés pour en améliorer les performances.
Le troisième mécanisme -la cour des comptes- poursuit normalement sa mission. Cette Cour sera, elle aussi, dynamisée et sera mieux lotie pour assurer ses tâches conventionnelles.
Pour conforter nos orientations dans ce domaine, les pouvoirs publics observeront, en matière de choix des responsables, les critères de probité et d'engagement en faveur de l'Etat mauritanien. En effet, sans le respect de ces trois critères, le responsable, quelle que soit sa position, ne peut rien réaliser en faveur de son pays.
J'affirme ici que si la société civile s'avère incapable d'assumer son rôle, il n'y a aucune possibilité d'améliorer la gestion du pays et d'éradiquer le pernicieux phénomène de détournement des deniers publics.
De ce fait, tous les segments de la société civile sont appelés à dénoncer, valablement et avec toute l'objectivité requise, les dépassements et déviations dans la gestion de la chose publique. Nos portes sont ouvertes pour recevoir toutes les informations pertinentes dans ce domaine. Par le passé, toutes les informations dont la société civile nous a fait part en la matière ont donné lieu à des contrôles pour que les responsabilités soient dûment établies.
Dans ce domaine, la presse a ainsi son mot à dire et peut aider par la collecte d'éléments d'information et par leur publication, loin de tout acharnement et de parti pris. Et, le cas échéant, il sera procédé à la vérification et au contrôle nécessaires. De même, les partis politiques ont le devoir de dénoncer tout acte nuisant à l'intérêt général, leurs leaders peuvent demander à rencontrer des responsables donnés pour attirer leur attention sur de tels comportements déviants. Et il ne fait pas de doute que si tous ces moyens sont mis en œuvre dans l'intérêt général, nous parviendrons à un seuil de gouvernance acceptable.
A titre d'exemple des résultats déjà accomplis en un court laps de temps, 100 véhicules qui étaient affectés à des tâches peu essentielles ont été repris et 50 parmi eux ont été mis à la disposition de la CENI alors que le reste a été consacré à d'autres besoins d'intérêt public autrement plus significatifs.
En plus de cela - et bien qu'il n'y ait pas eu de ressources nouvelles depuis le 3 août 2005- l'Etat a pu, grâce aux seuls efforts d'amélioration de la gestion, augmenter les salaires à hauteur de 50 pour cent et a honoré ses engagements intérieurs qui se sont chiffrés à plusieurs milliards.
Tous ces résultats ont été obtenus alors que nous en sommes au début du parcours et si la rationalisation atteint un seuil de 70 pour cent, la situation s'améliorera davantage.
La Mauritanie est un pays est potentiellement riche. Il ne lui manque que de savoir gérer convenablement les ressources prometteuses dont elle dispose.
Et, ici, je tiens à m'adresser aux hommes d'affaires -eux qui entretiennent des relations économiques avec l'Etat et qui sont prompts à dénoncer la corruption et les abus- pour leur dire clairement que nous sommes prêts à prendre nos responsabilités mais qu'ils n'oublient pas, en ce qui les concerne, qu'il n’y a pas de corrompus sans corrupteurs. La loi et la charia islamique placent les uns et les autres au même niveau, en terme de responsabilité.
Nous devons tous conjuguer nos efforts afin que chacun recouvre son droit et s'acquitte de son devoir. C'est ainsi qu'on arrivera à relever le défi et qu'on viendra à bout su phénomène de la corruption.
En tout état de cause, nous oeuvrerons dorénavant à la dynamisation des structures de contrôle et nous nous emploierons résolument à faire respecter la loi. Cela ne voudra pas dire, toutefois, que l'on va se passer de la contribution de tous aux efforts de lutte contre la gabegie.
Je conclurai en disant que nous ne saurions convaincre les autres tant que nous n'arriverons pas à nous convaincre, nous-mêmes. J'ajouterai que le monde d'aujourd'hui est nettement interdépendant et que nul pays ne pourra y vivre en autarcie.
Le problème de notre pays est qu'il a besoin des investisseurs étrangers et que la présence de ceux-ci n’est pas compatible avec le brigandage. Pour sortir alors de cet imbroglio, nous devons savoir prendre les mesures qui s'imposent. A ce propos, j'ai eu à rencontrer des hommes d'affaires étrangers que j'ai entretenu au sujet des opportunités d'investissement offertes en Mauritanie mais, à plusieurs reprises, on a eu à me faire cas de certaines expériences malheureuses de ces milieux avec des compatriotes.
Ceux qui commettent de tels forfaits ne se rendent pas compte de l'ampleur du préjudice qu'ils se sont causés et qu'ils ont causé au pays. Ils sont dans la même situation que l'administration qui altère l'image du pays en exposant les usagers à des tracasseries injustifiées.
Je ne vous cache pas que je suis surpris par l'image à travers laquelle les investisseurs voient notre pays et ses transactions dans un monde ou la mauvaise et bonne information se côtoient et ont leur incidence fatale sur les relations internationales et sur les rapports entre les peuples et les nations.
Il est impossible que le peuple mauritanien ait confiance en son pays si l'Etat et l'administration demeurent tels que je les ai décrits tantôt.
Il faut que des liens solides unissent le peuple et l'Etat. Pour y arriver, il faut que les relations entre eux soient des relations empreintes de confiance. Or pour cela, il faut que le peuple traite de manière honnête avec l'Etat, qu'il saisisse que les affaires publiques le con-cernent et que l'administration et l'Etat sont, tous comptes faits, à son service.
Il faut prendre conscience de ces réalités, faire preuve de franchise avec soi-même et tenir compte des exigences de l'époque pour que nous puissions sortir le pays des ornières du sous développement.”