Depuis quelque temps, et malgré l’existence d’institutions
intervenants dans le domaine de la culture (D.C, IMRS…), la Fondation
Nationale Pour la Sauvegarde des Villes Anciennes (FNSVA) a été créée comme
aboutissement du processus de maturation de la politique culturelle du
Gouvernement de la République Islamique de Mauritanie, en vue de préserver et
de valoriser l’héritage historique et culturel des villes anciennes du pays.
Cette institution a pour mission d’identifier, de
concevoir et d’exécuter tous les programmes permettant d’atteindre un tel
objectif.
A cette fin et pour mieux appréhender le contexte de création de cette institution, il serait utile de jeter d’abord un regard rétrospectif (I) sur l’historique des villes anciennes constituant à la fois sa raison d’être et son objet. Ensuite de présenter la FNSVA à travers son dispositif institutionnel, structurel et financier (II). Enfin, d’apprécier son bilan et les perspectives de son action (III).
Fondées
vers le milieu du XIIème siècle et le début du XIIIè siècle de l’ère chrétiennes,
les villes anciennes de Mauritanie constituaient des relais caravaniers dont
l’essor, puis le déclin, furent étroitement liés au développement et la détérioration
des échanges commerciaux transsahariens. Ces oasis, aujourd’hui, petites
bourgades étranglées par le sable, furent d’importantes étapes où s’échangeaient
les produits de l’Afrique sahélienne (or, ivoire, ambre gris…) contre ceux
du Maghreb (sel, métaux, verroterie, laine, papier…). Ces villes étaient
aussi le lieu d’une activité agricole prospère, basée essentiellement sur
la phéniciculture.
Très
tôt, elles ont abrité dans un cadre architectural original et
exceptionnellement adapté, les recherches savantes dans les domaines les plus
variés de la pensée arabo-musulmane, dont témoigne encore les milliers de
manuscrits des bibliothèques publiques et privées, en même temps qu’elles
offraient à des étudiants, venus parfois de très loin, un enseignement de
haut niveau, bénéficiant de grande réputation régionale.
Aux
anciens facteurs de dégradation, que constituent pour ces villes le détournement
des voies commerciales, les guerres intestines, le ravage du cycle infernal.. sécheresse
– famine – épidémies –qu’elles ont pu traverser avec une admirable ténacité,
se sont ajoutés les effets de l’héritage économico-institutionnel post
colonial : déplacement des centres
de décision politiques et économiques vers les villes nouvelles,
transformation des habitudes et des modèles de consommation, affaiblissement de
l’ensemble des institutions sur lesquelles reposaient la production et la
reproduction de la société traditionnelle.
Sur cette toile de fond, où les fragiles équilibres du milieu saharien
étaient déjà bien menacés, la sécheresse, que la Mauritanie connaît depuis
la fin des années soixante, est venue compromettre l’existence même de ces
cités. Livrées à un ensablement de plus en plus étouffant, elles sont
progressivement désertées par la majeure partie de leurs habitants.
Cités mémoires du Désert, Ouadane, Chinguetti, Tichitt et Oualata ont
connu naguère, aux confins du Maghreb et du «Bilad Es-soudan», une splendeur
dont il reste encore de vivants témoignages. Leur importance historique et
culturelle justifie, pour la Mauritanie comme pour l’ensemble de l’Humanité,
que des efforts d’envergure soient entrepris pour leur sauvegarde. C’est
pourquoi, à la demande du Gouvernement de la République Islamique de
Mauritanie, l’UNESCO a entrepris une campagne internationale en leur faveur.
Depuis le lancement de cette Campagne, les villes anciennes ont bénéficié de plusieurs actions. Mais l’impact de celles-ci n’a pas pu atteindre les résultats escomptés, faute de l’existence d’un cadre de coordination approprié.
De fait, le caractère multisectoriel des interventions nécessaires à
la revitalisation des villes implique que tous les services soient engagés, de
façon effective et opérationnelle, sous la responsabilité d’une seule
structure.
C’est pour répondre à cette exigence, qui se fait de plus en plus en plus sentir, que le Gouvernement a décidé la création d’un établissement spécialisé, dénommé FONDATION NATIONALE POUR LA SAUVEGARDE DES VILLES ANCIENNES (FNSVA).
II.
PRESENTATION PROPREMENT DITE
DE LA FNSVA :
Créée le 6 avril 1993, la
FNSVA est un Etablissement Public à caractère Administratif, qui a pour
mission d’initier, de coordonner et d’exécuter toutes les actions tendant
à la sauvegarde des villes anciennes de Ouadane, Chinguetti, Tichitt et
Oualata.
L’objectif principal de cet établissement est d’inverser le
mouvement migratoire qui prévaut actuellement dans ces villes et de leur
insuffler une nouvelle vigueur leur permettant de résister aux facteurs qui
sont à l’origine de leur dégradation . Cet objectif pourrait être
concrétisé par la sauvegarde, la promotion et la valorisation du patrimoine,
d’une part et la création de dynamiques locales de développement, d’autre
part.
A travers ces actions, la FNSVA entend, sinon attirer de nouvelles
populations, du moins fixer les habitants sur place et encourager le retour des
émigrants.
Pour atteindre ce but, il va de soi qu’une tentative de restauration
exclusivement architecturale de ces Villes ne pourrait aboutir qu’à une
remise en état provisoire et inutilement coûteuse d’édifices, voués à
l’abandon et à la ruine. Il importe plutôt d’identifier les éléments
d’une intervention, aussi bien architecturale que socio-économique, qui doit
être fondée sur la valorisation des ressources traditionnelles de ces localités
dont on souhaite y préserver non seulement la physionomie, mais également la
vie.
Pour tirer ces villes de leur agonie actuelle et donner à
l’intervention sur le patrimoine sa pleine signification, il faut, en effet,
s’orienter vers un effort de régénération globale, en vue d’assurer, aux
populations locales, une amélioration décisive de leurs conditions
d’existence. En s’insérant dans un tissu social lui même profondément régénéré,
la restauration architecturale trouvera alors un sens.
Une telle stratégie implique une approche pluridisciplinaire qui, par
des actions axées sur la préservation et la mise en valeur du patrimoine
culturel, devrait permettre :
Au niveau local,
la revitalisation des villes, à travers des programmes de développement
intégré visant à améliorer le cadre de vie des population ;
Au niveau national,
la contribution au développement socioculturel et la consolidation de
l’identité culturelle nationale ;
Au niveau international, la sensibilisation sur l’importance historique et culturelle des villes anciennes de Mauritanie à travers l’encouragement de l’appréciation mutuelle des cultures et le renforcement de la solidarité internationale.
A
tous ces niveaux, l’approche de la FNSVA fait de l’intervention sur le
patrimoine un moteur de développement, capable de tirer ces villes de leur
enlisement.
Pour atteindre cet objectif et mettre en œuvre cette approche, la FNSVA
bénéficie d’un dispositif institutionnel, structurel et financier approprié.
A.
Cadre institutionnel :
L’intervention
de la FNSVA est conçue comme un programme de développement intégré, qui
porte , non seulement sur la restauration architecturale des centres
historiques des quatre villes, mais également sur une action coordonnée et
systématique dans les différents secteurs : (infrastructures de base,
santé, éducation, eau, agriculture, élevage, artisanat, tourisme,
environnement, etc .).
La
complexité de cette mission et la diversité des activités y afférentes
impliquent une vocation interministérielle. C’set pourquoi la FNSVA a été
rattachée au Premier Ministère. Elle est placée sous la tutelle du Secrétariat
Général du Gouvernement.
Ce statut lui confère une triple autonomie :
Elle jouit en effet, d’une large autonomie administrative et
financière, qui lui donne toute la latitude requise en matière d’élaboration
des politiques de sauvegarde, de mobilisation de financements et de mise en
œuvre des programmes.
Elle a la possibilité d’agir en synergie avec tous les départements
de l’Etat et de coordonner avec les bailleurs de fonds.
Elle a aussi la possibilité d’impliquer les populations des villes en question, à travers les communes et le mouvement associatif de base.
B.
Structure.
Conçue comme une
agence de coopération, fonctionnant à l’image d’un bureau d’études, la
FNSVA assure une fonction de maître d’ouvrage avec une structure légère,
souple et opérationnelle.
La
fonction d’administration de cette institution est assurée par un Conseil
d’Administration qui est son organe délibérant. L’organe exécutif est
dirigé par un Directeur, assisté d’un Conseiller Technique et d’un
Conseiller Administratif.
La FNSVA possède un personnel dynamique, qualifié et
sensible à la valeur et à la portée de sa mission. Ce personnel est redéployé
dans un organigramme qui répond parfaitement a la dualité de ses
interventions. Il comporte un service du patrimoine, un service de développement,
un service administratif, ainsi qu’un partenariat avec les communes des villes
anciennes lui permettant d’être représentée localement par les maires.
C.
Moyens financiers :
Sur le plan financier, les comptes de la FNSVA sont tenus par un
comptable public, nommé par le Ministère des Finances.
Les recettes de la FNSVA sont
composées d’une subvention de l’Etat, de contrepartie nationale de projet,
de financements extérieurs, des dons et legs d’organismes publics et privés.
La subvention de l’Etat permet à la FNSVA de couvrir ses charges de fonctionnement. Les dépenses d’investissement sont effectuées sur les fonds provenant des autres sources de financement.
A.
Bilan :
Après sept années d’existence, la FNSVA peut se prévaloir d’un
bilan globalement positif. Même s’il reste mineur par rapport aux besoins des
populations, ce bilan est cependant majeur, compte tenu de la lourdeur des procédures,
de l’extrême difficulté des conditions locales, de la rareté des
ressources, de l’inexpérience de la fondation et du peu de temps dans lequel
il a été réalisé.
De fait, les interventions de la FNSVA ont ciblé des axes prioritaires
dans une optique intégrée et suivant une approche participative impliquant les
populations bénéficiaires. Les réalisations accomplies en cette période
peuvent être résumées comme suit :
Sur
le plan promotionnel :
-
le
classement des cités comme patrimoine national et mondial ;
-
l’identification
de projets, la formulation de programmes et l’élaboration de plusieurs études ;
-
la réalisation
de supports promotionnels (dépliants, documentaires, photos, diapositives,
participation aux foires et expositions…) :
-
la
sensibilisation des décideurs nationaux et des bailleurs de fonds.
·
Sur le plan de la sauvegarde du patrimoine et des actions de développement :
-
La délimitation
des noyaux historiques : définition des zones d’intérêt patrimonial et
détermination des zones tampon dans chaque ville ;
-
La
cartographie des noyaux historiques : réalisation d’une cartographie des
centres anciens des quatre villes, recensement et collecte de données sur les
monuments et constructions à valeur historique ;
-
La réhabilitation
architecturale de certains monuments publics ;
-
L’intervention
sur certains manuscrits ;
-
La réalisation
de réseaux d’alimentation en eau potable pour les quatre villes ;
-
La réalisation
de projets d’aménagement hydro-agricoles (irrigation des palmeraies de
Ouadane, Chinguetti et Tichitt, ainsi que l’aménagement de périmètres
agricoles à Oualata );
-
La
construction et l’équipement de salles de classes ;
-
La
construction et l’équipement de structures de santé de santé de base
(dispensaires, PMI) ;
-
La
construction et l’équipement de mahadra professionnelles dans les villes de
Chinguetti et Tichitt ;
-
L’appui
aux coopératives féminines de Ouadane, Chinguetti et Oualata, sous forme d’équipements
et de formation.
B.
Perspectives :
A court et moyen termes, la FNSVA
entend intensifier son action, aussi bien au niveau du patrimoine, qu’au
niveau du développement. Sa démarche reposera sur les axes suivants :
-
La
consolidation des acquis ;
-
L’application
de la législation qui régit le patrimoine ;
-
Le développement
du tourisme culturel ;
-
La
promotion du patrimoine à travers des campagnes de sensibilisation sur le plan
national et international.
-
La
consolidation et l’élargissement des infrastructures de base ;
- La promotion de l’artisanat et des matériaux locaux.