- Les villes anciennes de Ouadane, Chinguetti, Tichitt
et Oualata sont les uniques emplacements stables sur tout le territoire de la Mauritanie
actuelle à avoir été habitées sans interruption depuis le Moyen âge jusquà nos
jours. Ces villes représentent les derniers témoignages sur ce que fut une région
active déchanges entre le Nord et le Sud (le Maghreb et les pays dAfrique
sahélienne).
- La fondation des quatre villes se situe vers le milieu
du 12ème et le début du 13ème siècle de lère chrétienne. Elle est liée
dabord aux nécessités de lenseignement religieux. En effet, au fil des jours
ces villes ont constitué des points de rencontre et de ralliement des communautés
religieuses islamiques.
- Ces cités sont toutes placées en bordure dune
vallée ou dune batha fertile, à proximité dune palmeraie, et surtout dans
un endroit où se trouvaient des ressources en eau pour développer une agriculture de
subsistance, basée sur la phéniciculture.
- Le développement de chacune des villes, depuis sept
siècles, a donné lieu à une forme dhabitat ksourien typique, avec une
architecture de pierres et un urbanisme particulièrement adaptés aux conditions
climatiques très rudes. Les tissus urbains médiévaux des quatre cités sont à
limage de ceux des anciennes villes - ksours - arabo-musulmanes de leur époque.
Comme dans celles-ci, la structure de lespace public et lorganisation de
lespace domestique, ainsi que le rapport entre ces deux espaces obéissent aux
préceptes coraniques qui régissent la communauté musulmane.
- La principale fonction économique traditionnelle de
ces villes fut étroitement liée au commerce transsaharien. Leur âge dor
coïncida, au 15ème siècle, avec le très important commerce du sel dIdjil, qui
entraîna leur prospérité pendant des siècles.
- Lappartenance des quatre cités au même
itinéraire caravanier a alimenté, non seulement le courant déchanges économiques
et culturels entre celles-ci, mais également les circuits commerciaux entre le Nord et le
Sud. En effet, elles furent dimportantes étapes du commerce caravanier, par
lesquelles transitaient les produits de lAfrique sahélienne (or, ivoire, ambre,
gris,
) qui séchangeaient contre des marchandises maghrébines (sel, métaux,
verroterie, laine, papier,
).
A lombre de leur activité
commerciale, et ce, pendant des siècles, les Villes Anciennes de Mauritanie
développaient une grande civilisation du désert. Les commerçants des deux rives du
Sahara qui sy sont installés et ceux qui les visitaient assidûment avec leurs
caravanes, ont développé dans ces coins reculés lessence dune vie citadine
inspirée de lIslam méditerranéen, en particulier celui dAL Andalus et du
Maghreb.
Très tôt, ces villes ont abrité, dans un cadre
exceptionnellement adapté, des recherches savantes dans les domaines les plus variés.
- Elles offraient ainsi, à des étudiants venus,
parfois de très loin, un enseignement de haut niveau et qui bénéficiait dune
grande réputation .
- Les nombreuses bibliothèques que comptent ces villes
renferment aujourdhui des milliers de manuscrits anciens qui témoignent de
lintensité de lactivité culturelle qui sy produisait.
- Le déclin de ces cités médiévales fut
étroitement lié au détournement des voies commerciales vers lAtlantique. Aux
facteurs, déjà anciens, de dégradation que constituent pour ces villes, les guerres
intestines, les ravages du cycle infernal (sécheresse famine épidémies),
quelles ont pu traverser avec une admirable ténacité, il y a lieu dajouter
les effets de la colonisation et de lhéritage économico-istitutionnel
post-colonial : déplacement des centres de décisions politiques et économiques vers les
villes nouvelles, transformation des habitudes et des modes de consommation, ainsi que
laffaiblissement de lensemble des institutions sur lesquelles reposaient la
production et la reproduction de la société maure traditionnelle.
- Cest sur cette toile de fond, où le fragile
équilibre du milieu saharien est déjà bien menacé, que la sécheresse sans précédent
qua connu la Mauritanie depuis la fin des années soixante, est venue compromettre
dangereusement lexistence même de ces cités, progressivement désertées par la
majeure partie de leurs habitants et livrées à un ensablement de plus en plus
étouffant.
-
-